Présentations

Communication, sens et interprétation (9 h 30 à 10 h 45)

Vincent Denault : L’attaque ad hominem comme stratégie de réponse aux critiques. Une autoethnographie de la dénonciation d’une pseudoscience

Selon ses partisans, la synergologie est « une discipline dont l’objet est de mieux décrypter le fonctionnement de l’esprit humain à partir de son langage corporel » (Institut québécois de synergologie, s.d.). Toutefois, bien qu’elle présente de nombreux attributs typiques d’une pseudoscience, notamment l’absence de révision par les pairs, plusieurs organisations a priori crédibles ont ouvert leurs portes à la synergologie. Le Barreau du Québec, par exemple, a offert pendant quelques années à plusieurs centaines d’avocats deux formations en ligne où des notions propres à la synergologie étaient présentées (Denault, 2015). Dans cette présentation orale autoethnographique (Ellis, Adams et Bochner, 2011), des exemples de mon expérience avec la synergologie seront mobilisés et analysés afin de saisir la portée d’un attribut typique d’une pseudoscience, soit la tentative de discréditer un dénonciateur en espérant que sa dénonciation sera discréditée, autrement appelée l’attaque ad hominem (Shermer, 2002). En effet, fraichement bachelier en droit, j’ai suivi une formation sur la synergologie totalisant plus de 200 heures, pour subséquemment dénoncer la synergologie suite à des réflexions épistémologiques et éthiques ayant pris naissance lors de la formation et abouties lors de la rédaction d’un mémoire de maîtrise en droit. Faisant écho aux travaux sur les représailles auxquelles font face les lanceurs d’alertes (Matthiesen, Bjorkelo et Burke, 2011), les exemples de mon expérience avec la synergologie permettront de mieux comprendre comment, en pratique, l’attaque ad hominem peut être utilisée par des partisans d’une pseudoscience en réponse à celles et ceux qui la critique.

Mots clés : pseudoscience, synergologie, autoethnographie, ad hominem.

Geoffrey Da Costa L’empathie, un concept insaisissable aux mille visages

Aujourd’hui, dans un monde de travail intense, fait de productivités et de performances, il y a un affaiblissement des communications dans les rapports sociaux. Dans une course aux résultats, les individus ont appris à créer des barrières émotionnelles pour rester efficients dans leurs entreprises aux dépens des mécanismes d’échanges auxquels ils devraient recourir. Ces barrières de non-affectivité représentent de plus en plus un problème dans le fonctionnement des réseaux internes et externes des organisations. Elles conduisent à des difficultés comportementales : les individus ne sont plus capables de faire communion – et communication – avec les autres. L’empathie semble la clé d’interprétation de cette question. Il faudrait simplement « être plus empathique », comme le conseillent certains gourous ou magazines populaires. Cependant, avant de l’appliquer, il faudrait commencer par approfondir cette notion. Il se trouve que l’empathie, bien à la mode dans les discours, semble particulièrement difficile à cerner dans son incarnation interactionnelle. L’objectif de cette présentation consiste à réaliser une cartographie de l’empathie. Nous abordons les principaux champs de recherche que sont la philosophie, la psychologie et l’éthologie. Nous décrivons comment chacune des disciplines définit et entrevoit l’empathie. Nous avons ainsi présenté l’évolution du concept au travers de chacune d’entre elle, lorsqu’on tente d’en tirer des pratiques communicationnelles.

Mots clés : empathie, communication, émotion, affectivité.

Renata Moreira Le rôle du texte dans l’art contemporain : une analyse communicationnelle

Depuis son avènement, l’art contemporain possède, sous certains aspects, une surprenante capacité à s’éloigner du goût et de la compréhension du public. Comme jamais une autre modalité artistique ne l’avait fait auparavant, cette forme d’art rassemble une multiplicité de règles et de caractéristiques qui la rende parfois inaccessible au grand public. L’une des principales prémisses de ce mouvement étant que tout peut être a priori considéré comme une œuvre d’art, il a fallu insérer dans la muséographie des expositions d’autres éléments visant aider le public à faire la distinction entre art et non art. Pour ce faire, les textes accompagnant l’exposition tendent à proliférer, que ce soit des textes en format traditionnel (titres, légendes ou sous-titres), des textes oraux (performés par l’artiste, un commissaire ou un médiateur) ou des textes apparaissant sous la forme de dispositifs numériques et interactifs.

Quelle est donc l’importance d’expliquer une œuvre d’art contemporain ? Dans quelle mesure la compréhension du public joue un rôle sur la valeur artistique de l’objet exposé ? Les textes seraient-ils des outils précieux de rapprochement entre les œuvres et les visiteurs des expositions ou bien des agents castrateurs de la subjectivité d’interprétation du public ? Dans une société de plus en plus axée sur l’interposition de réseaux communicationnels dans des multiples sphères, le public devient un partenaire fondamental pour la promotion et divulgation de l’œuvre d’art exposée. Si, pour exister, l’artiste et l’œuvre d’art contemporain doivent circuler le maximum possible dans les réseaux spécifiques de leur métier, tels que les musés et les galeries d’art (Cauquelin, 1996), il faut aussi qu’ils puissent circuler dans les médias de communication et réseaux sociaux. Le texte devient ainsi un dispositif complexe et incontournable de médiation avec cet indispensable producteur de contenu : le visiteur.

Mots-clés: art contemporain, communication et art, médiation, perception.

 

Espace(s), corps et expériences (11 h 00 à 12 h 30)

François Zaidan : Transindividuation et individuation collective : une exploration à travers l’improvisation libre

En s’appuyant principalement sur le travail de Gilbert Simondon (1989) et sur celui de Bernard Stiegler (2010), cette présentation vise à explorer la relation entre les notions d’individu et de collectif. D’une part, cette relation est conceptualisée et développée à travers les concepts de transindividuation et d’individuation collective ; et d’autre part, celle-ci est explorée via quelques-unes des principales théories de l’improvisation libre (free improvised music). En s’intéressant aux différentes modalités de cette pratique musicale (Bailey, 1992 ; Saladin, 2014 ; Corbett, 2016), l’improvisation libre est envisagée comme une approche radicale permettant d’aborder autrement la relation entre les notions d’individu et de collectif et les concepts en permettent un accès particulier. L’agencement, la confrontation et la négociation des singularités individuelles des musiciens et des musiciennes en présence étant au centre de l’improvisation libre, cette présentation explore les affinités entre cette pratique et les concepts de transindividuation et d’individuation collective. Étant largement basée sur la recherche effectuée dans le cadre d’un mémoire de maitrise, cette présentation s’appuie plus particulièrement sur la portion conceptualisation de ce travail. Elle propose tout d’abord de retracer l’émergence du questionnement sur les notions d’individu et de collectif et approfondit les liens entre les principaux axes conceptuels de cette recherche et les théories de l’improvisation libre comme manière d’ancrer ces questionnements dans un exemple, dans une praxis.

Mots-clefs : Transindividuation, individuation collective, improvisation musicale libre, recherche-création.

Théophile Hladky : Réalité virtuelle et perspectives émergentes dans la conception d’espaces narratifs vidéoludiques : une exploration

Mon projet de recherche se concentre sur les enjeux soulevés par le développement des casques de réalité virtuelle, comme l’Occulus Rift de Facebook, ou le Vive de la compagnie Taïwanaise HTC dans le domaine de la conception vidéoludique. Ces technologies mettent en exergue un mode d’interaction immersif, grâce à la vision périphérique à 360° et aux nouvelles interfaces de contrôle développées actuellement. Celles-ci intègrent le plus souvent deux manettes circulaires transposant les mouvements de l’utilisateur/utilisatrice, pour ainsi offrir une interaction transparente et naturelle avec l’espace numérique. L’interface tendrait ainsi à disparaître et nous invite à reconsidérer ce qui fait que l’on se sent « présent » dans un environnement (Calleja, G., 2007).

Ces appareils novateurs semblent réorganiser l’expérience de jeu et par rétroaction la conception de celui-ci. Le jeu vidéo s’est imposé comme un medium original grâce à son mode de narration qui intègre une dimension ludique interactive (Kuo A. et al., 2016) et forme un circuit entre l’imagerie collective des concepteurs et l’expérience de jeu propre au joueur (Calleja, 2007). Je cherche dans un premier temps à questionner la nature de ces narratifs en suivant notamment le concept de « spatialité » introduit par Henry Jenkins en 2003 dans un essai intitulé « Game Design as Narrative Architecture ». J’envisage ensuite de quelle manière les concepteurs et conceptrices de jeu vidéo appréhendent aujourd’hui la conception d’ « espaces » propices aux développements narratifs avec l’émergence de la réalité virtuelle. Ce faisant, je mènerais une série d’entrevues auprès de professionnel(le)s travaillants actuellement pour certains grand studios de l’industrie vidéoludique montréalaise.

Cette présentation visera à présenter plus en détail cette problématique, ainsi qu’à dresser une ébauche des résultats obtenus à ce stade de la recherche.

Mots-clés : Réalité virtuelle, espace narratif, game design, présence.

Agathe François : Transhumanisme, éthique et mythe

Cette communication aura pour but de présenter le transhumanisme, dans le contexte de ses enjeux sociaux et politiques et de la question de l’éthique. Les chercheurs en sciences sociales et philosophie (Besnier) définissent le transhumanisme comme un mouvement apparu dans la Silicon Valley, alimenté économiquement par les grandes industries du numérique, traversé par des idées libertariennes, et dont le combat idéologique principal est l’utilisation des technologies convergentes (NBIC) pour l’amélioration physique et intellectuelle de l’espèce humaine. Le transhumanisme est toutefois bien plus hétérogène.

Depuis une dizaine d’années, ce mouvement est omniprésent dans les débats autour des technologies convergentes, alimentant des discours souvent dramatiques et dichotomiques. À côté du phénomène ultra-libéral, de l’utopie biocentrée et hyperindividualiste promue par ce mouvement (Le Dévédec), ce sont les idées d’éthique et bioéthique qui sont principalement convoquées. Le questionnement éthique au regard du transhumanisme n’est toutefois pas sans poser problème (Lestel, Liogier).

La question qui me préoccupe est dès lors la suivante : que disent les discours autour du transhumanisme et de l’éthique du rapport de nos sociétés contemporaines à la technologie ? Je montrerai que la notion de mythe, développée par Raphaël Liogier, offre peut-être une ouverture vers un questionnement différent.

Mots clés : transhumanisme, technologies convergentes, éthique, idéologie, mythe.

 

Pouvoir et représentation (13 h 30 à 14 h 45)

Olivia Baker : Autoreprésentations sur les nouveaux médias : quelles opportunités, quelles contraintes ?

Depuis le passage au Web 2.0 les possibilités d’autoreprésentations se sont démocratisées et diversifiées, laissant certain.es chercheur.es plein.es d’espoir (Debaveye, 2012) : Les autoreprésentations permettraient aux minorités de reprendre contrôle sur leurs représentations et de créer des portraits qui s’éloignent de ceux peints par les médias de masse. Cependant d’autres chercheur.es ont remarqué que si les nouveaux médias permettaient une certaine émancipation, ils pouvaient également renforcer et créer des cadres normatifs (Shapiro, 2001).

Ma présentation se penchera sur quelques concepts clés de l’autoreprésentation en ligne : les différentes dimensions de l’identité numérique (George, 200, les spécificités de certains nouveaux médias, la relation complexe des autoreprésentations avec les stéréotypes, la dimension performative de ces identités et l’application du concept de formatage médiatique de Voirol (2005) aux autoreprésentations.

J’aborderai également une dimension méthodologique avec l’intérêt de l’interactionnisme symbolique pour comprendre la représentation en ligne comme une performance faite pour et avec le public (imaginé et visible), et de l’analyse multimodale pour permettre une étude adaptée à ces nouveaux terrains de recherche. En effet l’étude des représentations sur les nouveaux médias est condamnée à être superficielle si on ne prend pas en compte leur complexité : il faut prendre un compte les affordances du medium qui permettent certains modes (images, hyperliens, sons, etc.) et donc certains types de messages.

J’illustrerais cette présentation avec des exemples tirés de ma recherche sur l’autoreprésentation des gais, lesbiennes et bisexuel.les sur YouTube, ainsi que de mes lectures et de mes observations personnelles.

Mots-clés : Autoreprésentation, identité, nouveaux médias, analyse multimodale, stéréotypes.

Esther Airgmagnac : La représentation des corps féminins dans le cinéma de science-fiction : discours de pouvoir et questions d’identifications

Le projet je souhaite présenter s’intéresse aux représentations médiatiques, aux discours de pouvoir et aux processus d’identification. Les discours sont analysés en lien avec la façon dont ils produisent et diffusent des normes concernant les corps féminins. Dans le cadre de mon étude, je choisis d’étudier quatre personnages féminins issus de la culture populaire à savoir Katniss Everdeen du film Hunger Games, Imperator Furiosa du film Mad Max : Fury Road, Rey de Star Wars : The Force Awakens ainsi que Natasha Romanov de Marvel’s Avengers. Le projet s’intéresse également à la réception de ces discours et la façon dont les femmes perçoivent les représentations. Pour synthétiser ces perceptions, je vais expérimenter de nouvelles pratiques de recherche qualitative, en utilisant l’écriture fictionnelle en plus de l’entrevue semi-dirigée. Ce projet se situe au croisement entre les études culturelles, les études féministes et les approches qualitatives émergentes. Je me demande en quoi les représentations des corps féminins dans le cinéma science-fiction construisent-elles des relations de pouvoir et comment, au travers de nouvelles méthodes de recherche qualitative, pouvons-nous cerner les impression et interprétations des jeunes femmes concernant ces représentations ? Je souhaite présenter mon projet en proposant un exemple d’analyse fait pour un des personnages choisis mais aussi en expliquant et présentant le processus d’écriture fictionnelle et la façon dont je souhaite l’appliquer à l’analyse des données recueillies en entrevue. Cela permettrait de créer une articulation entre un approche traditionnelle et une approche créative.

Mots clés : Représentation, normes, corps, recherche création.

Khaoula Zoghlami : La représentation politique des parlementaires tunisiennes

Le mouvement révolutionnaire, qui a secoué le paysage politique tunisien en 2011, a donné naissance à la première institution tunisienne légitime : l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) chargée de rédiger une nouvelle constitution pour le pays. Cet article entend explorer les multiples défis auxquels sont confrontées les femmes parlementaires en général et surtout en Tunisie. En m’appuyant sur Pitkin (1967), je considère que les députées tunisiennes représentent de manière formelle leur circonscription et leur parti politique, et représentent également de manière symbolique leur sexe, leur âge, leurs groupes politiques, et leur région d’origine. Les femmes tunisiennes qui ont joué un rôle central dans le processus révolutionnaire (Allal, 2012) ont constitué un quart des députés représentant les différents partis politiques de cette assemblée (Ammar, 2014, Kréfa, 2016). Cependant, comme l’a souligné Winter (2016), l’augmentation de la représentation descriptive des groupes traditionnellement marginalisés – en l’occurrence les femmes – ne signifie pas que ceux-ci représentent nécessairement les intérêts des membres de leur groupe. C’est particulièrement le cas lorsque ces intérêts sont en tension avec la ligne partisane, les alliances politiques et les compromis que les représentants politiques doivent faire (Bellamy, 2012). Lors de ma communication, je présenterai une revue de la littérature sur la représentation politique des femmes, et partagerai quelques pistes de réflexions sur la manière dont les femmes politiques tunisiennes exercent leur première fonction de représentantes légitime du peuple au sein d’une sphère politique traditionnellement masculine.

Mots clés : Tunisie, représentation politique, intersectionnalité, femmes députées.

 

Discours, interactions et processus organisants (15 h 00 à 16 h 40)

Camille Vézy : Mindful organizing et recherche usager dans un processus de design : étude d’une tension ethnographique entre observation, interprétation et conception

Comment construire le sens d’une action et observer une organisation en train d’émerger sans faire dévier ce sens par l’interprétation du chercheur qui entre en jeu ? La question de l’interprétation l’interprétation est centrale dans la conception du sensemaking de Weick (1969). En parallèle, la notion de mindfulness met en avant une certaine qualité de l’attention au moment présent et la capacité d’enrichir l’interprétation par une grande variété de distinctions (Langer, 1989, 2014). Le mindful organizing (Weick & Sutcliffe, 2006) peut se comprendre comme un processus mindful de sensemaking qui invite à adopter un état alerte à toute micro-différence présente dans chaque action, en particulier quand ces actions sont similaires à d’autres ou codées par des règles et routines.

L’objectif de cette présentation est d’explorer la notion de mindful organizing hors des organisations dans lesquelles la notion est habituellement étudiée (HRO notamment). Pour cela, je propose d’étudier cette idée de mindful organizing dans un autre type de phénomène organisant : celui de la recherche usager. Souvent inscrit dans une démarche de design, la recherche usager a pour but de comprendre les besoins, les comportements et les motivations de personne pour utiliser un produit ou un service. A travers l’analyse d’une démarche ethnographique effectuée dans le cadre de tests d’un dispositif expérimental d’immersion et de téléprésence avec des usagers de différents âges, nous nous demanderons comment le mindful organizing invite à développer une attention qui aille au-delà de ce qui est observé. Nous nous interrogerons également sur le rôle du chercheur et ses tensions quand il est impliqué dans la conception d’un nouveau produit.

Mots clefs : mindful organizing, sensemaking, ethnographie, recherche usager, design

Marion Portenguen L’identification organisationnelle des cadres à travers leurs discours : le cas de la Gendarmerie royale du Canada

Mon projet porte sur la question de l’identification organisationnelle chez les cadres à travers leur discours. J’aborderais l’identification selon les propos de Van Knippenberg et Sleebos (2006) ainsi que Cheney (1983). Chreim (2002) explique que les cadres sont les porteurs de la communication du changement et qu’ils assurent une cohérence de l’identité de l’organisation dans ce contexte. Cela m’a poussée à vouloir comprendre comment l’identification se manifestait chez ces porteurs du changement. Cette recherche a été faite par l’analyse d’une entrevue avec un cadre de la GRC. Je me suis concentrée sur le discours de ce dernier grâce au modèle actanciel décrit par Adam (1984). Cette recherche ouvre des possibilités de compréhension quant au processus d’identification dans le récit des cadres ainsi que sur l’impact de ses derniers dans la relation entre l’individu et son organisation selon trois points: les usages du « nous » ; les marqueurs des émotions ; le positionnement narratif.

Mots clefs : Identification organisationnelle, cadre, discours, changements.

Maria Alejandra Lacruz Mendoza : bénévolat des immigrantes travailleuses qualifiées hispanophones négociant la tension entre l’intégration et le maintien de leur identité culturelle d’immigrantes : le rôle du bénévolat organisationnel

L’intégration des immigrants dans une nouvelle terre d’accueil passe inévitablement par leur capacité à communiquer efficacement, tant sur le plan socioculturel que professionnel. Au Québec, la bonne maîtrise du français est un prérequis pour s’intégrer. Ainsi, le gouvernement provincial propose aux immigrants récents le bénévolat comme une stratégie d’intégration qui peut les aider à développer leurs compétences socioculturelles et linguistiques. Cette recherche vise à décrire les interactions entre des immigrantes hispanophones ayant le statut de travailleuses qualifiées et les bénévoles et bénéficiaires locaux pendant leur processus d’intégration au Québec. Plus spécifiquement, cette étude cherche à savoir comment les bénévoles immigrantes gèrent les tensions suscitées auprès des bénévoles locaux et des bénéficiaires à cause de leur manque de connaissances linguistiques ou des pratiques culturelles divergentes. Pour ce faire, l’étude utilise la théorie dialectique relationnelle de Baxter et Montgomery (1996) pour explorer les forces « tirer pousser » apparemment contradictoires qui surgissent dans toute relation interpersonnelle : le désir simultané pour l’intégration et la séparation ; la stabilité et le changement ; et l’expression et la non-expression. Les données seront recueillies à l’aide d’entretiens semi-dirigés abordant leur projet migratoire, leur parcours au Québec et la nature de leurs interactions qui ont touché des questions d’identité culturelle.

Mots clés : intégration, immigrants, bénévolat, compétence linguistique.

Camilla Baouchi Habre : Les dispositifs qui font exister et font parler des peuples indigènes isolés d’Amazonie brésilienne : une approche constitutive

En Amazonie brésilienne, il existe trois types de peuples indigènes : les indigènes acculturés qui vivent comme les « Blancs » (Arisi, 2012), les peuples récemment contactés (Rivas Toledo, 2010) et ceux qui vivent toujours en isolement (Azanha et Octavio, 2009). Cette recherche s’intéresse aux dispositifs qui participent des modes d’existence des peuples isolés d’Amazonie brésilienne en les faisant exister pour et par les organisations qui les étudient. En reconstruisant leur histoire et leurs modes de vie à travers les vestiges, la tradition orale et les actes de communication, je compte mieux comprendre comment des organisations gouvernementales et non gouvernementales essayent de faire exister et faire parler ces peuples isolés.

Si l’anthropologue Kohn (2013) démontre que les « forêts pensent » à travers différents agents, humains et non humains, qui l’habitent et l’animent, je veux m’inspirer de cette approche en portant un regard attentif aux dispositifs qui permettent de faire exister et faire parler ou non les indigènes isolés aux sociétés extérieures. Dans le cadre de ce projet, je compte ainsi étudier et comparer trois formes de dispositifs : (1) les dispositifs de réception de la tradition orale, maintenue par les aînés indigènes « acculturés » qui habitent la même région que les isolés, (2) les dispositifs d’analyse des vestiges et traces que ces derniers laissent dans la forêt et (3) les dispositifs de communication mis en place par les  représentants gouvernementaux et non gouvernementaux de la société nationale pour tenter d’interagir avec eux.

Par ce travail de recherche, je cherche donc à comprendre comment les organisations gouvernementales et non gouvernementales essayent de faire exister et de faire parler à travers des dispositifs, des collectifs – en l’occurrence des tribus indigènes isolées d’Amazonie brésilienne – qui refusent a priori de rentrer en ou de garder contact avec des sociétés extérieures.

En m’inspirant de l’anthropologie, j’ai mobilisé une méthodologie ethnographique qui m’a permis de réaliser un terrain de trois mois au Brésil, d’octobre à décembre 2016. D’une part, les données de la recherche ont été récoltées au Centre de Travail Indigéniste à Brasilia, une ONG qui milite en faveur des droits des peuples isolés au Brésil. D’autre part, j’ai séjourné et participé des activités quotidiennes des indigènes Banawá, dans la région Purus en Amazonie, qui vit autour des isolés Hi-Merimã.

Mots-clefs : Amazonie brésilienne, indigénisme, isolement, dispositifs.

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